J'ai l'clathrate qui s'dilate !

Publié le par Faidit

Les photos de Lucie fer de Lens m'ont rappelé cet article publié dans le Nouvel Obs du 18 août 2005 signé par Fabien Gruhier.

 Attention ! déconseillé aux âmes sensibles à l'avenir de la planète.


C'est une sorte de glace étrange, constituée d'un agencement de molécules d'eau qui emprisonnentdangers clathrates clathrate réchauffement repaire des molécules de gaz, par exemple du méthane, ou encore du propane. Les chimistes parlent d' "hydrates de gaz" ou, mieux, de "clathrates", et ces produits ont longtemps été considérés comme des curiosités de laboratoire. Des curiosités amusantes ou dangereuses, car les clathrates de méthane, en dehors de leurs conditions de stabilité (très basses températures, très fortes pressions), se décomposent instantanément. Sitôt extraits de leur frigo pressurisé, ces cristaux capricieux se mettent à fulminer. Ils se désagrègent, explosent spontanément, s'enflamment en libérant leur contenu d'hydrocarbures. Or, pour le meilleur ou pour le pire, cette amusette de chimistes facétieux conditionne peut-être l'avenir global de la planète. En effet, depuis peu, on a réalisé que les clathrates de méthane, ces "glaces qui brûlent", sont quasi omniprésents, cela en quantités formidables, dans certaines couches géologiques et notamment au fond des océans. L'USGS (le Geological Survey américain) estime à plusieurs dizaines de millions de milliards de mètres cubes la quantité de méthane ainsi piégée dans ces glaces instables. "Cela représente au moins le double de tout le carbone contenu dans l'ensemble des gisements d'énergie fossile, pétrole, gaz et charbon compris", assure un spécialiste. Et dans sa dernière édition "le Journal du CNRS" s'enthousiasme pour "ce fantastique pactole qui gît au fond des mers".

Depuis toujours les matières organiques mortes se décomposent dans les couches sédimentaires, leur fermentation libérant du méthane. Dès lors que les conditions sont réunies (par exemple, la pression exercée par une couche d'eau de 300 mètres et une température n'excédant pas 2 à 3 °C), ce méthane est aussitôt séquestré sous la forme d'un clathrate solide qui ressemble à de la glace ordinaire. Pas étonnant donc qu'il y en ait partout ou presque, en particulier sous les plateaux continentaux, et à moindre profondeur dans le permafrost des régions polaires. Face à ces cristaux magiques et prometteurs, les publications et colloques scientifiques se multiplient depuis quelques années. Restées longtemps un peu goguenardes devant une lubie qu'elles jugeaient digne du professeur Nimbus, les compagnies pétrolières participent désormais aux recherches. Total Gaz de France  et l'Institut Français du Pétrole se sont par exemple associés au CNRS pour subventionner un laboratoire dit "des procédés en milieu granulaire", hébergé par l'Ecole des Mines de Saint-Etienne. Cela pour expérimenter un procédé d'extraction du méthane des clathrates par des injections d'eau chaude dans les couches profondes, et sa récupération sous forme gazeuse. En même temps, de nombreuses collaborations scientifiques internationales s'organisent, pour inventorier les gisements les plus prometteurs. Ainsi, en septembre prochain, Marie-Madeleine Blanc-Valleron (CNRS et Muséum national d'Histoire naturelle de Paris) va embarquer à bord d'un navire américain pour analyser des forages effectués au large de Vancouver, où on subodore une phénoménale accumulation d'hydrates de méthane à la frontière de deux plaques tectoniques. La chercheuse française se prépare à "passer dix à douze heures par jour au microscope, quel que soit l'état de la mer", dans le cadre d'une "mission internationale très particulière": il ne s'agit pas pour le moment d'identifier un gisement particulier de méthane, mais d'étudier le mécanisme d'acumulation du gaz dans les sédiments, afin d'établir un modèle géologique général qui permettra de savoir où les chercher dans l'avenir. De son côté la Commission européenne finance le programme Hydratech, qui développe les techniques de détection des clathrates de méthane sur les plateaux continentaux du Vieux Continent. Déjà, des zones apparemment prometteuses ont été repérées - "en mer Noire, dans l'est de la Méditerranée, dans le golfe de Cadix et dans la mer de Norvège", révèle "le Journal du CNRS".

C'est sûr, le jour où on saura aller puiser à bon compte ce méthane inespéré, le spectre de la pénurie énergétique s'éloignera pour longtemps. Même si on ne savait en récupérer qu'une toute petite fraction, les quantités accessibles seraient phénoménales: convenablement réchauffé et pompé, un seul mètre cube de clathrate donne pas moins de 164 mètres cubes de gaz naturel. Mais jouer avec cette glace, c'est aussi jouer avec le feu. D'abord parce qu'il s'agit de toute façon d'un carburant fossile, dont la combustion contribue au fâcheux effet de serre. Mais surtout parce que toute déstabilisation malencontreuse de ce méthane, gelé depuis la nuit des temps, pourrait entraîner le dégazage massif d'immenses gisements. On imagine des myriades de mètres cubes de cet hydrocarbure gazeux s'échappant d'un seul coup des fonds marins. Les bulles secouant l'océan avant de rejoindre l'atmosphère pour y accélérer le réchauffement climatique - car le méthane se caractérise aussi par un effet de serre très efficace. Puis ce réchauffement global accélérant à son tour la montée en température des océans, et provoquant donc en cascade le dégazage d'autres dépôts de clathrates: une spirale infernale qui pourrait inspirer un film catastrophe. Ou déclencher pour de bon la véritable apocalypse, avec des océans furieusement bouillonnants de bulles de méthane, et un empoisonnement de l'atmosphère suivi de son embrasement intégral ...

Un pareil scénario ne devrait pas être écarté à la légère. D'autant moins que - sans avoir jusqu'ici atteint le paroxysme de l'embrasement généralisé - il se produit réellement dans la nature, et cela depuis longtemps. Ainsi, l'actuel réchauffement climatique se traduit inévitablement par le dégazage du méthane jusqu'ici gelé, dans certaines régions polaires où la fusion du permafrost amène les clathrates à la limite de leur stabilité. Les spécialistes parlent de l' "horizon des hydrates" pour désigner cette limite - combinaison de température et de pression au-delà de laquelle le méthane rejoint l'état gazeux, s'échappant dans l'atmosphère sans être récupéré et sans passer par une usine à gaz. En théorie, pas de doute: même si le phénomène reste limité, le méthane libéré par le réchauffement contribue bien, via un renforcement de l'effet de serre, à l'accélération du réchauffement. Et ainsi de suite. Dans le passé des dégazages massifs se sont produits, entraînant des catastrophes climatiques. "Parfois, la nature rompt d'elle-même l'équilibre entre la phase gazeuse et la phase solide du méthane sous-marin", constate Pierre Henry, du CNRS. Des traces en subsistent, toujours visibles des milliers d'années plus tard, comme ces gigantesques "volcans de boue" qui tapissent certains fonds océaniques, dus à de soudaines échappées locales de méthane - c'est l' "effet champagne", disent les géologues. Une équipe de l'Université du Michigan a même pu établir un lien entre une titanesque libération de gaz survenue dans l'Atlantique il y a 55 millions d'années et le réchauffement climatique concomitant: une hausse moyenne de 4 à 6 °C. Le climat de la planète avait mis 200 000 ans pour s'en remettre. Espérons que nous ne sommes pas en train de le détraquer pour aussi longtemps.

Vivons heureux !

 

 

 

 


En complément : Ifremer

Publié dans Sciences en conscience

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Faidit 14/10/2006 22:23

Oui, les petits paysans disparaissent, ceux dont les champs et les prés bordés de haies, le bocage, jouaient un rôle écologique, notamment en retenant le ruissellement, évitant les désastreuses inondations et rendant la France si belle. C'était cette France que j'aimais. Aujourd'hui un champ de moins de 10 hectares n'est pas rentable. Il faut produire, pour quoi, en fait ? Mon père travaillait à l'Institut Français du Pétrole, il a pris sa retraite en 1986. Un week-end de 1982 ou 83, nous somme partis dans le Limousin à bord d'une voiture expérimentale (R18 break) qui roulait au "Carburole", un mélange d'essence et d'éthanol produit par l'agriculture. Ce week-end improvisé, je ne l'oublierai jamais. A l'époque, je pensais que grâce au génie humain, l'avenir serait beau ... Bref, les carburants "verts" ou "bio", ça ne date pas d'hier. Mais pour qu'il soient rentables, ce sont les "gros" paysans qui le produiront à grand coup de subventions, d'engrais, de produits de traitement qui dégagent du brome (Br2) contribuant à la destruction de la couche d'ozone, à l'empoisonnement des nappes phréatiques, mais aussi à l'enrichissement des industriels de la chimie qui n'en ont rien à faire du devenir de la planète.

solita 14/10/2006 18:20

Tu as bien fait Faidit, je ne savais pas pour ma part.
J'ai vu cet après-midi un reportage sur les "vilains modernes" ces paysans qui tentent de survivre en dehors des primes et de l'administration (seigneuriale)... je les trouvent admirables et courageux, mais ils ne sont pas nombreux et le monde paysan est entrain de s'éteindre. Ca n'a rien à voir avec ton article, sauf que l'avenir est peu engageant....

Faidit 14/10/2006 12:26

Si la peur n'évite pas le danger, la diffusion de l'information peut déjouer les ambitions du lobby pétrolier. Il y a plus d'un an, la lecture de cet article m'avait terrifié. D'autant plus que cela semblait se préparer dans l'ignorance générale. J'ai donc gardé l'info sous le coude au cas où ...

khate 13/10/2006 15:22

On détraque tout ?Tout se détraque ?Comment  voir les "choses" ? Il faut toujours que la conscience de l'humain demande de cherxcher le "responsable" !!!

solita 13/10/2006 10:12

Bon ok je vais vivre heureuse, mais est-ce que tu sais où on peut se procurer des pillules de cianure?