Vendredi 27 mai 5 27 /05 /Mai 15:08
 

Explosion pastèques Chine Guillemets L'image est saisissante. On essaie de se rassurer en se disant que c’est le « grand angle », cet objectif de professionnel, qui déforme un peu le premier plan et amplifie de façon monstrueuse la taille de ces fruits qui n’ont plus de pastèque qu’une lointaine apparence.

Des lianes aux allures de haricot magique hypertrophié des contes pour enfants, des fruits énormes, gisant par centaines, éventrés et révélant une chaire blanche et sèche, une écorce très épaisse. Le tout assez éloigné de la représentation classique du fruit roi de l’été :

on vous dit "pastèque", vous entendez "rouge", "jus", "croquant", "pépins", "soleil", non ? A peu près ça, dans l’ordre ou pas.

Eh bien vous changerez d’avis devant cette photo prise dans une exploitation agricole chinoise. Elle illustre un article publié par Courrier International, sous le titre « En Chine, les pastèques explosent ».

Diable ! Les agriculteurs évoquent des scènes de films d’horreur : des serres entières de pastèques libérant brutalement des milliers de pépins, des morceaux de fruits volant en éclat. Ils ont fermé les yeux, les ont rouverts : non, ils ne rêvaient pas. Et la réalité rejoignait la fiction.

C’est l’aspersion de ces fruits par du forchlorfenuron, un accélérateur de croissance, qui serait à l’origine de leur déconfiture.

 

Après le lait contaminé à la mélanime qui avait tué plusieurs dizaines d’enfants, la sauce soja à l’arsenic, les champignons à l’eau de javel, le porc piqué au borax pour que sa viande prenne l’aspect de celle du bœuf – non nous sommes pas le 1er avril - et après le riz au cadmnium, un métal lourd, nocif pour le cerveau, voici donc les pastèques aux hormones de croissance.

Le forchlorefenuron, un fertilisant, légal, accélère la division cellulaire, déforme les pastèques et blanchit leurs pépins, nous dit l’article. En l’occurrence il aurait été utilisé trop tard dans la maturation du fruit, et par temps humides, ce qui a transformé les champs de pastèque en champs de bataille.


Invendables, les fruits servent à nourrir les cochons. Au départ, l’idée était d’augmenter de 20% la taille des fruits et de les récolter avec deux semaines d’avance et donc d’en vendre plus, plus cher.

Las ! La nature a ses raisons que la raison ignore… et voilà nos productivistes bien embarrassés avec, sur les bras, leurs stocks de grosses sphères qu’on subodore malodorants.

L’affaire commence à faire son petit effet en Chine, malgré la mobilisation de quelques associations écologistes contre l’exploitation agricole à grande échelle, rendant plus difficile les contrôles. Elles dénoncent l’utilisation massive de pesticides, désherbants et fertilisants dans l’agriculture chinoise.


Un site Internet a même publié l’information selon laquelle des contraceptifs chimiques humains auraient été utilisés pour modifier la croissance de concombres tandis que le China Daily affirme que des piments cultivés dans le Sichuan déteignent au lavage. On apprend aussi que de la poudre de baryte a été injectée à des poulets pour les faire grossir plus vite.


"Quel vieux ouf et hyper patapouf, l’a faite cette planète un lendemain de fête ?", chante Souchon.

Eh, bien, sur cette planète sans queue ni tête, des citoyens chinois, las de consommer des produits locaux contaminés, préfèrent les produits importés.

Problème : la plupart des soi-disant « fruit importés », visibles sur les marchés chinois, sont produits… en Chine !

 

On est foutu, on mange trop.


© Audrey Pulvar

 

Chronique "à rebrousse poil" d'Audrey Pulvar du jeudi 26 mai 2011 sur France Inter.

 
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